samedi 26 décembre 2009

REFAIRE LE MONDE?

C’est le propre des jeunes gens de penser qu’ils pourront réussir là où leurs aînés ont échoué.

C’est pour cela qu’une des occupations favorites des générations nouvelles est de refaire le monde, persuadées de la valeur de leurs idées qu’elles veulent souvent en rupture complète avec celles de leurs aînés.



Au dix-neuvième siècle, l’homme était encore confiant que de nouvelles idées associées aux progrès de la science seraient le remède aux maux de l’humanité.

Auguste Comte, dans son Cours de Philosophie Positive, soutint, en 1830, que l’Humanité, débarrassée de la croyance au surnaturel, allait enfin progresser, grâce au règne de la seule raison guidée par l’observation scientifique.

Quant au grand savant Berthelot, il écrivit en 1863, que seule la science possédait « une force morale capable de faire surgir à bref délai les temps bénis de l’égalité et de la fraternitéé ». Dix-huit ans plus tard, il osera prophétiser que « L’homme de l’an 2000 gagnera en douceur et en moralité parce qu’il cessera de vivre par le carnage et la destruction des créatures vivantes… La terre deviendra un vaste jardin ».



Nous avons dépassé l’an 2000 .

Quel est le diagnostique qui s’impose à toute personne réfléchie ?

Force est de constater la faillite des idéologies politiques de tous bords, l’échec des grandes religions, l’inutilité flagrante des systèmes philosophiques et les limites de la science, dans laquelle les hommes avaient pensé trouver l’espoir ultime. On peut donc se demander à juste titre s’il est encore possible de refaire le monde.

Voici ce que déclara à ce sujet Albert Camus, en 1957, dans son discours de Stockholm, à l’occasion de sa réception du prix Nobel de littérature :

« Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse ».

Celui que l’on a taxé de pessimisme était tout simplement réaliste.



A la porte de 2010, après l’échec du Sommet de Copenhague, on peut certainement douter que l’homme soit capable « d’empêcher que le monde ne se défasse ».

Constat pessimiste ? En ce qui me concerne, je le crois hélas lucide et réaliste.

Qu’à cela ne tienne !

Allez, les jeunes, ne vous privez pas du rêve de refaire le monde !





Note: Les citations d'Auguste Comte et de Berthelot sont tirées de l'ouvrage passionnant de Jacques Chastenet "Histoire de la Troisième République" aux éditions Hachette.