samedi 28 novembre 2009

Georges Brassens - ´La ballade des gens...´

Si les français, mes compatriotes, pouvaient méditer les paroles de ce petit chef-d'oeuvre, ils descendraient de leurs clochers, et le restant du monde aurait du plaisir à les fréquenter...

jeudi 26 novembre 2009

L'INVINCIBLE ARMADA

Les nations de ce monde sont autant de navires aux tonnages variés, qui voguent péniblement sur l’océan tempétueux de l’Histoire.
Cette « Armada » moderne se croit invincible et nous assure qu’un jour, indéfini dans l’avenir, elle finira par arriver à bon port. Les hommes éclairés nous disent qu’il faut croire en l’homme et que c’est un pêché de mettre en doute les capacités insoupçonnées des nautoniers qui tiennent la barre de ces malheureux esquifs.

Je suis pénétré d’admiration pour un texte de Paul Valéry à ce sujet, « La Crise de l’Esprit », publié en 1919, dont je livre à votre méditation le début de la première Lettre :

Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.
Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d’empires coulés à pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins; descendus au fond inexplorable des siècles avec leurs dieux et leurs lois, leurs académies et leurs sciences pures et appliquées, avec leurs grammaires, leurs dictionnaires, leurs classiques, leurs romantiques et leurs symbolistes, leurs critiques et les critiques de leurs critiques. Nous savions bien que toute la terre apparente est faite de cendres, que la cendre signifie quelque chose. Nous apercevions à travers l’épaisseur de l’histoire, les fantômes d’immenses navires qui furent chargés de richesse et d’esprit. Nous ne pouvions pas les compter. Mais ces naufrages, après tout, n’étaient pas notre affaire.
Élam, Ninive, Babylone étaient de beaux noms vagues, et la ruine totale de ces mondes avait aussi peu de signification pour nous que leur existence même. Mais France, Angleterre, Russie... ce seraient aussi de beaux noms. Lusitania aussi est un beau nom. Et nous voyons maintenant que l’abîme de l’histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu’une civilisation a la même fragilité qu’une vie. Les circonstances qui enverraient les œuvres de Keats et celles de Baudelaire rejoindre les œuvres de Ménandre ne sont plus du tout inconcevables : elles sont dans les journaux.


Ne pensez vous pas que l’actuel système de chose planétaire se dirige inexorablement vers cet « abîme de l’histoire » ?
Quant à moi, j’attends encore que l’on me donne des raisons indiscutables de mettre ma confiance dans cet « homme » dont l’Ecclésiaste nous a enseigné, il y a des millénaires, qu’il « domine l’homme à son détriment ».
La question que je me pose est simplement la suivante : quand cette « Invincible Armada » des temps modernes va-t-elle disparaître dans « l’abîme de l’histoire » ?

JOURNAL

Dimanche 13 avril 2008

Le monde dit "démocratique" est, selon moi, en train de perdre la guerre contre le terrorisme international quelque soit le vêtement dont ce dernier se pare. Une des raisons en est la division des nations et la force utilisée à la place de l'intelligence; je reviendrai la dessus lorsque j'aurai mis de l'ordre dans mes idées à ce sujet.

Suis-je pessimiste? réaliste? Le deuxième engendre le premier.

Heureusement que j'ai mon antidote personnel: les nourritures qui m'ont fait croître jusqu'à ce jour, ce que l'on appelle de ce mot que j'hésite à utiliser étant donné sa charge de prétention, la "culture", nourritures qui ne m'ont jamais manqué; cette réserve d'idées et d'harmonies que l'on nomme "littérature" et "musique" est tellement vaste que je ne cesse d'y puiser des richesses nouvelles tout en revenant régulièrement à celles dont je me suis déjà nourri.

Je me rappelle avoir rencontré à Paris, dans ma jeunesse, un musicien français qui fut associé à Wilhelm Frurtwängler, lors du concert de réouverture du Festival de Bayreuth, après la deuxième guerre mondiale, en 1951. Le grand maître allemand y dirigea la neuvième symphonie de Beethoven et le monsieur avec qui je conversai et dont j'ai malheureusement oublié le nom, fut le chef des choeurs à cette occasion. Il me raconta quelques anecdotes passionnantes au sujet de l'interprétation magistrale du grand maître, notamment l'excitation fébrile des musiciens; certains violonistes avaient les doigts qui saignaient, électrisés qu'ils étaient dans le passage endiablé où les cordes se déchaînent après la première intervention des choeurs et des solistes. Je possède encore cet enregistrement en direct où l'on ressent effectivement cette fébrilité. Mais ce qui m'a surtout frappé fut la réponse que Furtwängler fit à une question que lui avait posée mon interlocuteur:

-Maître, pourquoi n'avez-vous pas encore dirigé la Missa Solemnis de Beethoven?

-C'est une partition que je ne connais pas encore assez bien et qu'il me faudrait étudier avant de la pouvoir maîtriser.

Quelle modestie de la part d'un homme à la carrière que l'on connaît, contestée, peut-être, à cause de son ambiguïté devant le régime d'Hitler, mais à l'autorité musicale incontestable, reconnue des spécialistes et des mélomanes du monde entier.

Cette réponse souligne aussi les ressources immenses de notre patrimoine culturel. Ces ressources, je ne les aurai pas épuisées avant de disparaître dans le silence de la terre, et cela me rassure.

Pourquoi repensé-je à cela aujourd'hui? Parce que c'est seulement aujourd'hui que je découvre cette fameuse "Missa Solemnis" et que je suis ébloui par la sublimité de cette musique. J'écoute et réécoute, avec l'émotion que procure le Beau, le Praeludium et le Benedictus qu'il introduit; je me demande d'ailleurs pourquoi le compositeur a jugé bon d'insérer au milieu de sa partition ce prélude orchestral alors que tout le reste est chanté; il me faudra faire des recherches à ce sujet.

Ce Beethoven dont je n'ai pas, à ce jour, épuisé les richesses, contrairement à ce que je croyais, a encore beaucoup à me donner, et c'est dans cette nourriture là que je puise de l'énergie et une certaine confiance en l'homme. Pourquoi? Il y a beaucoup à dire la dessus et cela fera peut-être le sujet d'un prochain essai.

Je n'oublie évidemment pas la nourriture spirituelle par excellence, emmagasinées dans les greniers de la Bible, mais c'est une autre histoire.

mardi 24 novembre 2009

Wilhelm Kempff plays Beethoven's Moonlight Sonata mvt. 1

Voici le premier mouvement de cette sonate, dite "au clair de lune", chère au coeur d'Antoine car ce fut la première sonate que son maître, Odette Robert, lui fit étudier et jouer en concert, et qui devait l'accompagner toute sa vie.

(Les autres mouvements seront publiés dans la suite de ce blog.)

UNE SOIREE A NEUILLY

Madame Delille était une femme d’âge, nimbée de la dignité qui sied aux notables de la haute bourgeoisie parisienne. Son visage, aux traits fins et réguliers, couronné d’une chevelure de boucles neigeuses, imposait le respect. Veuve d’un des pionniers de l’aviation, compagnon de Mermoz, devenu riche chevalier de l’industrie aéronautique, elle habitait un somptueux hôtel particulier de Neuilly.

Elle aimait à fréquenter les salons de la famille de Fourmanoy, boulevard Saint-Germain, où elle était accueillie avec la préséance due à son rang ; elle y jouissait du prestige hérité de feu son mari et en usait avec la simplicité de ceux dont la vie n’est plus à faire et qui n’ont plus rien à démontrer aux parvenus prétentieux de la petite bourgeoisie de récente ascension.

Antoine de Fourmanoy ne la portait pas dans son cœur, la craignant même un peu, depuis le jour où, l'ayant contredite avec l’arrogance de ses quinze ans, madame Delille l’avait remis à sa place, devant ses parents et le cercle d’amis invités ce soir là, avec hauteur et fermeté, par ces paroles brèves et tranchantes :
-Dis donc, mon petit gars, qui es-tu pour me parler ainsi ? Avec moi tu adoptes un autre ton, s’il te plaît !

Aussi, quelques mois plus tard, fut-il surpris et décontenancé de l’entendre lui dire :
-Antoine, la semaine prochaine, j’ai organisé, dans mes salons, un concert au profit des œuvres de ma paroisse, Saint Pierre de Neuilly. J'ai invité Wilhelm Kempff qui donnera un récital, avec au programme des sonates de Beethoven. Je connais ton goût pour la musique, aimerais-tu y assister ?
La réponse fusa avec enthousiasme :
-Wilhelm Kempff ? Oui, bien sûr, Madame! Avec le plus grand plaisir !
Pensez donc, écouter en petit comité, ce grand interprète romantique qu’il admirait entre tous, dans des œuvres de son cher « vieux sourd de Vienne » comme il aimait à nommer le génial compositeur, approcher ce grand pianiste allemand et peut-être même lui être présenté…quelle aubaine incroyable.
Madame Delille avait donc oublié cette scène navrante qui, telle une écharde, était toujours douloureusement plantée dans la vanité du jeune homme.
-Alors, viens chez moi, mardi à six heures, nous dînerons ensemble avant le concert.

Au jour dit, Antoine, soucieux d’être ponctuel, fut en avance d’un quart d’heure, avenue du Roi Soleil, ce qui lui permit d’admirer les riches bâtisses de ce quartier huppé. L’astre royal déclinant plaquait son or sur les façades opulentes des maisons patriciennes de ces princes de la finance et de l’industrie.
A l’heure fatidique, il gravit, avec l’assurance crispée des grands timides, l’escalier majestueux de l’imposante demeure et poussa le bouton de la sonnette de cuivre, fardée par les feux dédaigneux du soleil couchant.
Il fut accueilli par un majordome qui l’introduisit dans une petite salle à manger du premier étage où l’attendait madame Delille, avec le sourire bienveillant d’une impératrice douairière. Quelques paroles chaleureuses mirent le jeune homme rapidement à l’aise, mais ce nirvana ne dura pas, car il remarqua, au milieu de la pièce, une petite table, joliment dressée pour seulement…deux personnes.
-Quoi ! je vais manger en tête à tête avec cette dame… mais je n’ai rien à lui dire… de quoi donc allons nous parler ?
Son hôtesse lui désigna une chaise :
-Prends place, Antoine. Comment vont tes parents ?
S’ensuivit une conversation, à bâtons rompus, collection des banalités d’usage en pareilles circonstances, dont le seul but est de se donner le temps de s’évaluer et d’atterrir ensuite sur un terrain d’entente, pour un agréable échange d’idées.
-Tu connais Wilhelm Kempff ?
-Oui, j’ai plusieurs disques de ses interprétations, notamment le si bémol de Brahms que je trouve fabuleux.
-Antoine, bien que j’aime la musique, j’ignore le jargon des musiciens. Qu’entends-tu par le... « si bémol de Brahms » ?
Désarmé par la modestie de la vieille dame, il s’en voulut d’avoir tenté de l’impressionner en utilisant ce raccourci prétentieux pour désigner une œuvre admirable du célèbre compositeur.
-Veuillez m’excuser, Madame. Il s’agit plus simplement du deuxième concerto pour piano et orchestre de Johannes Brahms.

Un maître d’hôtel entra et présenta à l’hôtesse un plat de viande, avec comme accompagnement ce que le jeune homme découvrit être, avec horreur, des endives. Antoine ne supportait pas les endives, leur amertume, leur forme avachie et leur couleur maladives. Il se sentit soudain comme le poisson qui se découvre prisonnier d’une nasse. Comment en sortir ?
Le problème étant insoluble, il se mortifia en avalant, avec la dévotion d’un martyr, ce silice alimentaire, invoquant le dieu de la musique, de prendre en compte le prix qu’il ne rechignait pas à payer pour entrer dans le paradis des mélomanes. Ce dieu bienveillant, qui est aussi celui des compositeurs en gastronomie, le gratifia d’un dessert succulent, une charlotte aux framboises et son coulis, ce qui lui fit oublier les souffrances infligées par ces endives vomitives, ces chicons, comme les appellent les belges.
Quant à madame Delille, elle fut intarissable, lui narrant avec passion les exploits aéronautiques de son défunt mari, faisant ainsi les frais d’une conversation que notre ami ne se sentait pas à même d'assumer.

La délivrance vint, enfin, quand le majordome annonça l’arrivée des premiers invités.
Le piano à queue, un Pleyel, avait été poussé à une extrémité du grand salon de réception, près des croisées de la façade dont les doubles rideaux de moire grise avaient été tirés. Une quarantaine de chaises étaient disposées en deux quarts de cercle, séparés par une petite allée, prévue dans un axe imaginaire entre la grande porte vitrée du salon et le corps de l’instrument, permettant ainsi un accès aisé à tout ce beau monde.
Antoine s’assit à un bord de l’allée, de manière à bien voir le clavier et les mains de l’artiste.
Le salon s’emplit lentement.
Un brouhaha de futilités, soulignées par les minauderies de ces dames élégantes, avait l’air de gêner profondément ces messieurs dont les sujets de conversation devaient être de la plus haute importance, à en juger par l’air grave et entendu de leurs visages de conspirateurs . Antoine eut vite fait de les juger comme étant une collection de personnages superficiels, abhorrés par son esprit anticonformiste, lui qui aimait à dire à ses copains, avec l’outrance et le manque de respect propres à la jeunesse, « je suis un anticon ».

Subitement le silence se fit.

Toutes les têtes se tournèrent vers la porte vitrée du grand salon que Madame Delille franchissait avec dignité, suivie d’un homme d'une soixantaine d'années, grand, élégant dans son complet-veston sombre, avec un visage au faciès germanique dont la partie inférieure rappelait étrangement les portraits de Beethoven, des lèvres fines dont les commissures, inclinées légèrement vers le bas, soulignaient un air quelque peu désabusé, et le même menton volontaire que celui du génie d’Heiligenstadt. Kempff avait le chef couvert d’une chevelure d’un gris-jaunâtre, tirée vers l’arrière, luttant vainement contre une calvitie envahissante qui lui avait dégagé un front large et puissant .
Ils s’arrêtèrent près du piano. L’hôtesse adressa quelques mots de bienvenue à l’assistance et poursuivit en se tournant vers son hôte :
-J’ai le grand honneur d’accueillir, ce soir, un invité de marque, le Maître Wilhelm Kempff. Il est inutile que je vous le présente, car l’auditoire de qualité qui se trouve ici réuni pour cette circonstance, est familiarisé, je n’en doute pas, avec les interprétations magistrales de ce grand artiste à qui je cède maintenant le clavier.
-Tu parles, pensa Antoine, quelque peu énervé par ces mondanités hypocrites, cette assemblée brille par son béotisme autant que par ses bijoux.

Le Maître, indifférent à ces bouffées d’encens, déjà concentré sur la musique, régla la hauteur de la banquette, sa distance à l’instrument, et, une fois installé, campé bien droit sur le siège, sortit d'une de ses manches un mouchoir de batiste ouvragé et en essuya le clavier. Ensuite, les mains détendues sur les genoux, il s’inclina comme pour se recueillir tandis qu’un silence religieux s’était emparé de l’assistance impressionnée.
Avec lenteur et précision, il aborda les premières mesures de la sonate en ut dièse mineure, la célèbre sonate dite « Au Clair de Lune ».
Sous le charme du premier mouvement, rêverie empreinte de mélancolie, Antoine se mit à penser aux amours insatisfaites du compositeur, torturé par des passions inaccessibles, en particulier pour la jeune Comtesse Giulietta Guicciardi à qui la sonate avait été dédiée.
Le second mouvement, tel une apparition de l’aube, à l’issue d’une nuit lunaire, le ravit comme une bouffée de fraîcheur et d’espoir.
Mais, lorsque le pianiste attaqua le troisième mouvement, le Presto, Antoine fut médusé, fasciné, comme envoûté par l’impétuosité du jeu, ce « Sturm und Drang » musical à son apogée. Il crut voir Beethoven en personne, déchaîné, affrontant les éléments adverses de sa vie tourmentée, avec la vigueur d’un combattant défiant l'inexorabilité du sort.
Jean, sur l'île de Patmos, lorsque l’ange lui apparut pour lui transmettre les visions apocalyptiques, ne dut pas être plus bouleversé qu’Antoine découvrant cette musique qui prenait vie sous les doigts de Kempff.
D’autres sonates s’enchaînèrent, sans interruption, celle « à Thérèse », puis « l’Aurore », « les Adieux », « la Pathétique », « l’Appassionata », et le récital s’acheva par la célèbre « opus 111 », cette bête noire de tous les élèves du Conservatoire, œuvre sublime où, dans les dernières mesures, l'artiste, nous ayant tout donné, nous quitte, prenant son envol vers les cieux de l’art.
Antoine, lui aussi, voguait vers les cieux et il n'avait nulle envie d'atterrir dans ce milieu neuilléen qui lui semblait aux antipodes de l'univers d'émotion et de beauté pure où Ludwig van Beethoven et son génial interprète l'avaient élevé.
Il n'avait qu'une envie, se retrouver seul pour prolonger, par la pensée, les secrètes délices qui lui avait fait vibrer le cœur au delà de tout ce qu'il aurait pu imaginer
Il prit donc rapidement congé de son son hôtesse, non sans lui avoir exprimé sa vive gratitude. Esquivant les bourgeois et leurs mondanités, il sortit de l'hôtel particulier et se retrouva dans l'avenue du Roi Soleil, comme affranchi de l’espace et du temps, l’esprit dans les nuages. Il décida de rejoindre, à pied, son domicile du boulevard Saint Germain.

Une fois dans sa chambre, il s'assit devant son bureau et jeta, dans son journal, un récit exalté de ce qu’il venait de vivre, décrivant ses émotions, sa passion révélée, en un déferlement littéraire de vagues romantiques.

C’est lors de cette soirée à Neuilly que le jeune homme eut le coup de foudre pour la musique, un amour-passion qui devait l’accompagner toute sa vie .

JOURNAL

Dimanche 8 novembre:

Je trouve une émulation à continuer ce journal dans ma lecture de base du moment, le "Journal" d'Edmond et Jules de Goncourt. J'en ai trouvé une édition ancienne chez un libraire de la Galerie Borthier, non loin de la Grand Place de Bruxelles, où je me rends régulièrement pour fouiner et dégoter quelques trésors.

Mon livre de base est celui que je lis tous les jours.

Pourquoi "de base"? C'est que je lis toujours plusieurs livres de front. Par exemple, actuellement:

-"Le courage de la vérité" de Michel Foucault.

-"Toutes ces choses que l'on ne s'est pas dites" de Marc Levy.

-"Oeuvres poétiques" de Clément Marot.

-"Langue Morte" de Jean Michel Delacomptée (Il s'agit de la vie de Bossuet).

Je viens de terminer les "Conversations sur la langue française" de Pierre Encrevé et Michel Braudeau.

Quand je suis fatigué et que je n'ai pas envie de trop réfléchir, alors je m'oblige à me rafraîchir un peu dans mon livre de base, car il m'est inconcevable de passer une journée sans lire.

Le "Journal" des Goncourt est d'ailleurs facile à lire et très distrayant. C'est un fatras de notes éparses, de portraits biens crayonnés, de descriptions de la vie parisienne et de réflexions sur la vie littéraire et sur le métier d'écrivain, d'anecdotes en tous genres, salées parfois, pittoresques souvent, fades quelques fois. On y fréquente Balzac, Baudelaire (au café Riche), Théophile Gautier, Gavarni et une foultitude de personnages hauts en couleurs de la seconde moitié du XIXème siècle, dont les noms plus ou moins illustres sont gravés dans nos mémoires et, pour certains, recouverts de la poussière que le temps dépose en chacun de nous.

Selon Nietzsche, "sans musique la vie serait une erreur". Je suis pleinement d'accord, comme souvent, avec le philosophe. Tiens, entre parenthèse, repensant à cette phrase, cet après-midi, et écoutant des lieder composés par Nietzsche lui-même, je me suis dit que j'aurais aimé rencontrer Lou Andréas Salomé (simple parenthèse).

Les oeuvres que j'ai écoutées aujourd'hui ont toutes un rapport avec mon copain Friedrich:

-ses "lieder",

-le 4ème mouvement de la "troisième symphonie" de Gustav Mahler,

-des extraits de "Lohengrin" de Richard Wagner,

-"Ainsi parlait Zarathoustra" de Richard Strauss.

A la fin de l'après-midi, j'ai regardé à la télévision la retransmission du concert commémoratif de la chute du Mur de Berlin, donné à Leipzig dans l'Église Saint Nicolas, un des hauts lieux de la révolution. Ce concert comprenait l'ouverture d'Egmond de Beethoven, la romance n°1 pour violon et orchestre, du même Beethoven, un motet de J.S. Bach et l'allegro de la deuxième symphonie de Brahms. L'orchestre du Gewandhaus était dirigé par Kurt Masur qui fut, il y a vingt ans, à sa manière, l'un des héros de cette révolution. Du nanan que ce concert, dans un lieu mythique!

Cette journée va se terminer avec "Le hussard sur le toit", et j'aurais le sentiment précieux de ne pas avoir perdu mon temps.

Beethoven 9th Symphony Karajan 4th Movement (3/3)

Beethoven 9th Symphony Karajan 4th Movement (2/3)

Karajan / Beethoven. Symphony No.9 / 4th movement / Berlin

UNE CATHEDRALE D'ETOILE

Ces derniers jours, à l'occasion du vingtième anniversaire de la chute du Mur de Berlin comme pour la célébration de la fête du 11 novembre à Paris, nous avons pu entendre des arrangements plus ou moins réussis d'un passage de la neuvième symphonie de Ludwig van Beethoven , l'Ode à la Joie (poème de Schiller) du quatrième mouvement.

Depuis sa création en 1824, peu d'œuvres d'art ont suscité autant d'enthousiasme populaire et, malheureusement, autant de récupérations politiques de toutes sortes que cette neuvième symphonie qui en vint à être confisquée par l'Union Européenne pour devenir son hymne officiel.

Tout cela est bien réducteur pour une musique et un poème qui ne furent pas créés afin d'illustrer les idées et la gloire d'une nation ou d'un ensemble de nations, mais pour célébrer l'idéal humain de la fraternité universelle.

Aussi, je suis tenté de dire à ces profanateurs, après Nietzsche et Gustav Mahler : « Mon Beethoven n'est pas votre Beethoven ».

Vous qui êtes, selon le vieux sourd de Vienne, "mes frères humains", arrachez-vous pendant quelques instants au marasme quotidien et immergez-vous dans la sublimité de cette œuvre, surhumaine mais tellement proche de chacun.

Ouvrez votre cœur à cette musique, laissez la s'écouler en vous et, pour reprendre les paroles de Nietzsche, vous vous sentirez « planer au dessus de la terre dans une cathédrale d'étoiles, avec le rêve de l'immortalité au cœur... ».

(Dans les trois messages qui suivent, vous pourrez écouter les trois parties du 4ème mouvement de cette symphonie et retrouver l'hymne à la joie dans son intégralité.)

lundi 23 novembre 2009

PRESENTATION

Né à Paris le 2 janvier 1939,

je réside depuis de nombreuses années à Bruxelles.

"Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,

Traversé ça et là par de brillants soleils;

Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,

Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils."


Ce sont ces fruits vermeils, souvenirs, poèmes, réflexions, notes, que je désire mettre dans ce blog.

Il est grand-temps, car depuis quelques années déjà j'éprouve le besoin de m'asseoir au bord du chemin, de regarder le ciel, d'aller à contre-sillon et de redécouvrir toutes les mottes oubliées, les nombreuses pierres écartées d'un revers de soulier, de piétiner la glèbe desséchée et d'atteindre la lisière d'où je suis parti.

"Voila que j'ai touché l'automne des idées,

Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux

Pour rassembler à neuf les terres inondées,

Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux."


J'y mettrai également des fleurs nouvelles: nouvelles poésies, nouveaux portraits ou récit, nouvelles réflexions, nouveaux billets d'humeur ou de bonheur, etc...

"Et qui sait si ces fleurs nouvelles que je rêve

Trouveront dans ce sol lavé comme une grève

Le mystique aliment qui ferait leur vigueur?"


Je le crois! Ce sera un moyen de lutter contre le temps qui coule inexorablement et de combattre l'Ennemi qui se trouve en chacun de nous.

"O douleur! ô douleur! Le Temps mange la vie,

Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur

Du sang que nous perdons croît et se fortifie!"


Voici donc l'objet de ces propos qui prendront la forme de séquences courtes, de souvenirs, de portraits, de récits succincts, cherchant à éviter l'ennui engendré par l'autobiographie d'un être de l'ombre.

Ces fruits anciens et ces fleurs nouvelles permettront à ceux que j'aime de mieux me connaître, et à ceux qui ne me connaissent pas encore à en venir, peut-être, à m'aimer un peu...

(Le poème cité est de Baudelaire: L'Ennemi, dans Les Fleurs du Mal)