Dimanche 13 avril 2008
Le monde dit "démocratique" est, selon moi, en train de perdre la guerre contre le terrorisme international quelque soit le vêtement dont ce dernier se pare. Une des raisons en est la division des nations et la force utilisée à la place de l'intelligence; je reviendrai la dessus lorsque j'aurai mis de l'ordre dans mes idées à ce sujet.
Suis-je pessimiste? réaliste? Le deuxième engendre le premier.
Heureusement que j'ai mon antidote personnel: les nourritures qui m'ont fait croître jusqu'à ce jour, ce que l'on appelle de ce mot que j'hésite à utiliser étant donné sa charge de prétention, la "culture", nourritures qui ne m'ont jamais manqué; cette réserve d'idées et d'harmonies que l'on nomme "littérature" et "musique" est tellement vaste que je ne cesse d'y puiser des richesses nouvelles tout en revenant régulièrement à celles dont je me suis déjà nourri.
Je me rappelle avoir rencontré à Paris, dans ma jeunesse, un musicien français qui fut associé à Wilhelm Frurtwängler, lors du concert de réouverture du Festival de Bayreuth, après la deuxième guerre mondiale, en 1951. Le grand maître allemand y dirigea la neuvième symphonie de Beethoven et le monsieur avec qui je conversai et dont j'ai malheureusement oublié le nom, fut le chef des choeurs à cette occasion. Il me raconta quelques anecdotes passionnantes au sujet de l'interprétation magistrale du grand maître, notamment l'excitation fébrile des musiciens; certains violonistes avaient les doigts qui saignaient, électrisés qu'ils étaient dans le passage endiablé où les cordes se déchaînent après la première intervention des choeurs et des solistes. Je possède encore cet enregistrement en direct où l'on ressent effectivement cette fébrilité. Mais ce qui m'a surtout frappé fut la réponse que Furtwängler fit à une question que lui avait posée mon interlocuteur:
-Maître, pourquoi n'avez-vous pas encore dirigé la Missa Solemnis de Beethoven?
-C'est une partition que je ne connais pas encore assez bien et qu'il me faudrait étudier avant de la pouvoir maîtriser.
Quelle modestie de la part d'un homme à la carrière que l'on connaît, contestée, peut-être, à cause de son ambiguïté devant le régime d'Hitler, mais à l'autorité musicale incontestable, reconnue des spécialistes et des mélomanes du monde entier.
Cette réponse souligne aussi les ressources immenses de notre patrimoine culturel. Ces ressources, je ne les aurai pas épuisées avant de disparaître dans le silence de la terre, et cela me rassure.
Pourquoi repensé-je à cela aujourd'hui? Parce que c'est seulement aujourd'hui que je découvre cette fameuse "Missa Solemnis" et que je suis ébloui par la sublimité de cette musique. J'écoute et réécoute, avec l'émotion que procure le Beau, le Praeludium et le Benedictus qu'il introduit; je me demande d'ailleurs pourquoi le compositeur a jugé bon d'insérer au milieu de sa partition ce prélude orchestral alors que tout le reste est chanté; il me faudra faire des recherches à ce sujet.
Ce Beethoven dont je n'ai pas, à ce jour, épuisé les richesses, contrairement à ce que je croyais, a encore beaucoup à me donner, et c'est dans cette nourriture là que je puise de l'énergie et une certaine confiance en l'homme. Pourquoi? Il y a beaucoup à dire la dessus et cela fera peut-être le sujet d'un prochain essai.
Je n'oublie évidemment pas la nourriture spirituelle par excellence, emmagasinées dans les greniers de la Bible, mais c'est une autre histoire.
jeudi 26 novembre 2009
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